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Paqui Maqueda avec le portrait de son arrière grand-père. Elle et beaucoup d'autres ne veulent ni de l'oubli ni du déni de justice.

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Image d'un des innombrables disparus (150 000 estime-t-on), côté républicain, gisant quelque part dans une fosse commune. Il s'agit d'Antoni Benaiges, dont le souvenir affleure à l'occasion de la réouverture de la fosse de Bañuelos de Bureba. Malgré les recherches, son corps n'a pas été retrouvé ou identifié.

©Photos Sergi Bernal

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Vue plongeante de la fosse commune de Bañuelos de Bureba (Burgos) ouverte en 2010, avec son ossuaire. D'autres fosses du même type existent près de cette localité, mais n'ont pas été fouillées ou exhumées. On estime qu'au moins 2 000 fosses parsèment le territoire espagnol. Aussi, il est urgent d'offrir aux familles et descendants de victimes une sépulture digne. 

©Photos Sergi Bernal

Les juges argentins et les crimes du franquisme

Le début de la fin de l'impunité ?

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Le site de l’association IRIS pour la mémoire historique du camp républicain espagnol

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Paqui Maqueda : “Pour la première fois, j'ai senti la Justice

Paqui Maqueda est la seule andalouse qui a déposé plainte devant la justice argentine dans le cadre de l’enquête sur les crimes franquistes. Dans ce journal elle décrit ses sensations et expériences à Buenos Aires où elle est allée chercher justice.

Le contexte :

Le Conseil des Ministres espagnol a donné son accord le 29 novembre pour que le processus d’extradition de Pacheco et Muñecas suive son cours. Le juge Ruz a donc entendu les deux hommes le 4 décembre ; bien sûr, ils n’ont pas accepté leur extradition vers l’Argentine mais ils sont ressortis du Tribunal sans leurs passeports.

Les victimes doutent fort cependant que le processus leur soit finalement favorable, aussi elles ont porté une lettre à l’ambassadeur d’Argentine par laquelle elles sollicitent l’appui du gouvernement argentin pour peser fortement sur la demande d’extradition. 

Une délégation de la « Coordination Nationale d’appui à la plainte argentine » accompagnée de plusieurs députés et maires de l’État espagnol, avait fait le voyage jusqu’à Buenos Aires du 28 novembre au 6 décembre 2013 pour déposer auprès des tribunaux argentins.

Paqui Maqueda en faisait partie. Voici la traduction de l’introduction du quotidien en ligne « andaluces.es » qui publie son journal de voyage et du « jour 7 » de celui-ci.

(Retrouvez l’article intégral en castillan sur : http://www.andalucesdiario.es/ciudadanxs/diario-de-una-andaluza-en-argentina/ )

Paqui Maqueda est la seule andalouse qui a déposé plainte devant la justice argentine dans le cadre de l’enquête sur les crimes franquistes. Dans ce journal elle décrit ses sensations et expériences à Buenos Aires où elle est allée chercher justice.

Jour 7. Pour la première fois, j’ai senti la Justice

 “Buenos Aires, le cinq décembre deux mille treize, comparaît devant moi Francisca Maqueda Fernandez. Invitée par la juge à rendre compte des faits et des circonstances fondamentales pour lesquels elle se considère victime, la comparante a déclaré: d’abord je viens réitérer la plainte que j’ai interjetée il y a déjà deux ans pour dénoncer la répression exercée pendant la guerre civile et la dictature de Franco sur ma famille.

A la question “voulez-vous déclarer autre chose?”, le témoin a déclaré que comme vice-présidente de l’Association Andalouse  Mémoire Historique et Justice, je veux communiquer à ce tribunal l’existence de trois cartes de fosses communes dans la province de Séville, Huelva et Cadix, où gisent un nombre indéterminé de personnes assassinées à partir de juillet 1936.Cette carte regroupe plus de 300 fosses communes. Nous présentons cinq rapports archéologiques d’exhumations effectuées à Cazalla de la Sierra, Guillena, El Álamo (province de Séville), Encinasola et Zalamea la Real (province de Huelva). Nous présentons une base de données de la page Todos los Nombres (Tous les Noms) avec 22 207 personnes assassinées en Andalousie, Badajoz et Ceuta de1936 à 1951. Nous présentons le livre La represión en la provincia de Sevilla contenant plus de 12 000 noms de personnes assassinées et/ou disparues dans cette province. Nous présentons le rapport  La represión franquista réalisé par Francisco Espinosahistorien et chercheur de renom.”

Ceci est une partie de la déposition que j’ai faite aujourd’hui, aux côtés de trois compagnons de l’Etat espagnol, auprès des tribunaux argentins. A tout moment, j’ai été traitée avec correction par les personnes qui nous ont reçus dans les tribunaux, en particulier l’huissier de justice qui, au nom de la juge María Servini de Cubría, a recueilli ma déposition. Pour la première fois après dix longues années, j’ai senti que la Justice reconnaît le statut de victime que j’ai, selon le droit international. Moi, ma famille comme les 22 207 hommes et femmes qui gisent aujourd’hui dans les fossés des routes et les cimetières, assassinés ou “faits disparaître” (comme on dit ici des disparus argentins) après le coup d’état fasciste de 1936. Pour la première fois, dans une enceinte judiciaire, j’ai proclamé le prénom et le nom de mes ancêtres en demandant que justice soit faite pour eux et pour la première fois, j’ai senti qu’on m’écoutait avec  tout le respect que la souffrance accumulée par ma famille mérite.

Et tout cela assise sur la chaise sur laquelle un jour, la justice argentine eut assez d’aplomb pour faire asseoir afin d’être entendu puis condamné, Jorge Rafael Videla, militaire et dictateur argentin, proclamé président de l’Argentine par une Junte Militaire entre 1976 et 1981.

Après le rétablissement de la démocratie, il fut jugé et condamné à la prison à vie avec destitution de son grade militaire, pour avoir commis de nombreux crimes contre l’humanité durant la dictature. Il est mort le vendredi 17 mai 2013 dans le pénitencier de Marcos Paz où il accomplissait sa peine.

Assise sur la chaise d’un criminel. Nerveuse, agrippée à la vieille photo de mes ancêtres. Avec des larmes qui coulaient sans arrêt.

L’après-midi, nous avons marché sur la Plaza de Mayo, à côté des mères et grands-mères des détenus/disparus. Je les ai vues marcher, petites vieilles voûtées, la photo de leurs enfants et frères pendant sur la poitrine, des fleurs plein les mains. Mais marcher avec la même ténacité et la même dignité qu’il y a 36 ans.

Et en marchant et tirant des leçons de la lutte de ces femmes courageuses, j’ai senti qu’aujourd’hui se réalisait un rêve que je caressais depuis longtemps. Sur la place est apparu tout à coup un drapeau républicain espagnol que tenaient des compatriotes qui sont en Argentine depuis 2010 du fait de la crise économique. Alors, j’ai su que non seulement j’étais à l’endroit où je devais être mais que j’étais aussi avec mon peuple, le peuple travailleur et vaillant qui aujourd’hui porte haut la bannière tricolore. J’ai couru vers eux et je me suis mise derrière ce drapeau. Et soudain, les larmes ont arrêté de couler…

Salut et mémoire !”

5 décembre 2013

 

Précédent article sur l'Argentine et les crimes du franquisme (fin septembre 2013) :

Une juge argentine et l'ONU redonnent espoir aux victimes du franquisme

L'État espagnol a subi deux revers dans sa volonté de s'accrocher aux lois d'amnistie de 1977 qui empêchent toute poursuite des crimes commis sous la dictature franquiste. Une juge argentine a lancé un mandat d'arrêt international contre quatre ex-membres de la police politique sous Franco. Second front ouvert, un groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires épingle le gouvernement pour sa “timidité” à l'heure de rechercher les disparus…

Ce que le juge Baltasar Garzón, exclu en 2012 de la Magistrature pour 11 ans, n'a pas pu réaliser du fait de la loi d'amnistie espagnole de 1977, la juge argentine María Servini de Cubria va tenter de le mener à bien : le 18 septembre dernier, elle a lancé un mandat d'arrêt international contre quatre ex-fonctionnaires de la police de Franco, âgés de 66 à 78 ans et accusés de faits de tortures durant la dictature.

La demande de détention provisoire concerne Jesús Muñecas Aguilar, ex-capitaine de la Garde civile, Celso Galván Abascal, ex-inspecteur de la brigade politico-sociale et escorte de Franco et de la famille royale, José Ignacio Giralte González, ex-commissaire, et l'ex-inspecteur José Antonio González alias Billy El Niño, ceci à fin d'être interrogés par Interpol, jugés en Espagne ou bien extradés en Argentine.

Quelle que soit l'issue de cette procédure, María Aranegui porte-parole de la plateforme de soutien à la plainte argentine contre les crimes franquistes (AQUA : apoyo a la querella argentina) se réjouit de la décision de la juge : “C'est une décision historique qui marque le début de la fin de l'impunité”.

Trois ans d'instruction

Avril 2010 : trois exilés de la dictature franquiste devenus argentins, portent plainte devant les tribunaux de leur nouveau pays contre leurs tortionnaires ; ils sont suivis par des milliers d'Espagnols au nom du principe de la “juridiction universelle” : les crimes contre l'humanité, imprescriptibles et in-amnistiables, peuvent être poursuivis hors des limites des frontières des pays où ils ont été commis.

Deux commissions rogatoires envoyées par la juge argentine María Servini obtiennent les mêmes réponses sous deux gouvernements différents du PSOE et du PP : “l'Argentine n'a pas compétence à enquêter puisque l'Espagne procède déjà à des investigations sur ces actes”. Ce que la juge conteste et que le sort de Baltasar Garzón infirme. Dans le monde entier, la seule affaire judiciaire ouverte en relation avec des crimes du franquisme est celle décidée par l'Argentine dans le cadre de la juridiction universelle.

Sans surprise pour les avocats de l'affaire argentine, il y a quelques jours, le juge instructeur espagnol a estimé non nécessaire la détention préventive des quatre présumés tortionnaires transmise par Interpol : deux d'entre eux seraient morts, les deux autres se présenteraient aux interrogatoires le jour où l'extradition serait demandée.

Des représentants de l'ONU tancent le gouvernement

Parallèlement à cette actualité, un groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires est arrivé en Espagne le 24 septembre dernier. La mission de ces cinq experts indépendants est d'essayer d'aider les familles à découvrir les lieux où se trouvent leurs proches disparus. Ils ont pu rencontrer entre autres les représentants de la Plateforme pour une Commission Vérité, ceux de la Fédération nationale des forums pour la Mémoire et ceux de la Plateforme contre l'impunité du franquisme ; tous ont fortement réitéré leurs revendications.

Lundi 30 septembre, ce groupe présentait ses conclusions préliminaires accablantes pour le gouvernement espagnol : en quarante ans de démocratie, l’État n'a fait que des efforts “timides” pour répondre à ces attentes. Les experts demandent au pouvoir exécutif d'engager des actions et de lancer un plan national de recherche des disparus. En outre, ils exigent une dérogation de la partie de la loi d'amnistie de 1977 qui empêche les enquêtes sur les crimes commis par le régime franquiste. “C'est le devoir de l’État de juger les disparitions forcées et d'établir leur imprescriptibilité”, ont-ils déclaré.

Quelle sera l'attitude de Mariano Rajoy devant les exigences de l'ONU ? Que répondra-t-il à la demande d'extradition de la juge argentine? On peut s'attendre à un refus catégorique de la part du leader du Parti Populaire. Cependant, la décision espagnole devra respecter les principes du droit européen, or la torture est un crime de juridiction universelle.

Prochaines étapes :

- Le 20 novembre, jour anniversaire de la mort de Franco, la juge María Servini de Cubria recevra les victimes de la dictature et des fonctionnaires espagnols pour entendre leurs témoignages dans le cadre de l'enquête.

- Des députés des partis BNG (Bloque Nacionalista Galego), Izquierda Unida, Amaiur (coalition politique nationaliste basque de gauche) et peut-être PSOE (Partido socialiste obrero español) les accompagneront.

- Il est probable que le député de ERC (Esquerra Republicana de Catalunya), Joan Tardá, les précède en octobre pour déposer une plainte pour l'assassinat durant la dictature, de Lluis Companys qui avait été président de la Generalitat de Catalunya pendant la IIe République.

Les jours qui viennent seront révélateurs, il n'en reste pas moins que le rapport complet des experts de l'ONU ainsi que la décision de la juge et l'appui institutionnel croissant de l'Argentine à cette cause redonnent voix aux milliers de torturés, disparus, enfants volés, victimes de la dictature franquiste.

Lien pour les conclusions des experts de l'ONU

Et aussi en en espagnol,

El Pais

Publico 

Lien pour la décision de la juge argentine

Notre association

IRIS-Mémoires d’Espagne a été créée à TOULOUSE en 1996. IRIS signifiait au départ Itinéraires Recherches Initiatives du Sud. C'est aussi un papillon évoqué dans La Langue des Papillons, le superbe film de José Luis Cuerda (1999). Désormais, l'association travaille, avec d'autres, à la réappropriation de la mémoire historique du camp républicain espagnol et sur les enjeux mémoriels actuels en France et en Espagne.

Liens recommandés

Coordination nationale Caminar!

¡Caminar!

• Sur les procès Garzón :

Amnesty International


El Pais

• Chansons de la IIe République et de la Guerre civile par le groupe El Comunero :

El Comunero

 


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